AtElieR d’EcRiTuRe – Il est trop tard

L'auberge où elle avait trouvé refuge pour la nuit était un havre de tranquillité, le seul lieu où elle pouvait encore être à peu près chez elle dans son petit village des Champs - oh ces souvenirs de pain d'épices, de tartines et de chocolats chauds! La tenancière, qui avait été autrefois pour sa mère une amie, une confidente (une commère), ne l'avait pas immédiatement reconnue; mais après de longues explications de Maigrette, et de vives effusions, elle l'avait choyée comme s'il se fût agi de son propre tendron. "Les draps de fête pour ma biquette, l'édredon de plume, le poêle à bois - la chambre du fond, ma jolie, tu verras."
En effet la chambre du fond était tout à fait mignonne: le mobilier en bois, le parquet craquant sous les pas, la petite dentelle fine accrochée à la fenêtre, la mousseline rose suspendue au-dessus du lit; un petit nain de jardin portait une table dans un coin, et trois dahlias piqués dans un soliflore parfumaient toute la pièce. Et pourtant...
Comment cette brave Bérénice avait-elle pu oublier? Oublier cette dernière nuit, oublier le drame, oublier jusqu'à son visage, ne pas la reconnaître, après seulement vingt-cinq ans...
La nuit allait être longue.
Tant de choses lui passent par la tête; tant de souvenirs et d'idées noires, c'est certain elle ne pourra pas ferner l'oeil. Le rendez-vous qui l'attend demain lui serre le coeur, lui écrase la poitrine.

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