C'est alors que... vous fouillez dans votre sac, à la recherche de vos lunettes; mais au lieu de lunettes, vos doigts effleurent un papier, doux... inattendu. Vous sortez l'objet, c'est un livre! Un livre ROSE!!! Sans doute une attention de votre soeur. Et oui, les pages sont roses... Vous regardez le titre: Arluq; encore plus de circonstance. Vous hésitez à l'ouvrir; Croc-Blanc vous a laissé un flash persistant sur la rétine. Mais vous essayez quand même, c'est tellement surprenant... D'ailleurs vous pouvez sans peine lire la première ligne, et même la deuxième. Vous êtes sur la banquise, et vous parvenez à lire... Le logo soudain attire votre oeil: un cercle irrégulier, et des branchages à l'intérieur; et les lettre G-A-Ï-A.
La Terre.
La terre glacée, la terre nordique.
Et les autres terres aussi. Un tour de terre des littératures qui se serait arrêté en cours de route.
Venez consulter IcI le site de la seule édition lisible par les ours polaires et les chiens-loups.
Et je ne parle pas de ma brave Maigrette cette fois, mais bien de moi... Il y avait tant de choses à dire ces dernières semaines, sur le Salon de Montreuil, sur les nouveaux articles du mois, sur notre petite vie dans les Champs... Mais là tout ce que je trouve à dire c'est un long baillement de fatigue. Oui, la nuit a été courte (il n'y a d'ailleurs pas eu de nuit); le week-end a été studieux également; la semaine d'avant, n'en parlons pas!
Mais remontons quand même au week-end précédent:
Le SaLoN du LiVrE et de lA PrEsSe JeUnEsSe de MoNtReUiL
J'y étais, et même aux premières loges, dans le petit box bien clos des Editions Gaïa, à vendre aux passants connaisseurs ou novices nos jolis livres roses.
Pour les passeurs/bloggers novices d'entre vous, justement, venez un peu par IcI à la découverte des Editions Gaïa. Imaginez-vous sur la banquise; le monde est blanc autour de vous, seuls quelques lointaines taches sombres se découpent à l'horizon - c'est votre meute de chiens qui se dégourdit les pattes sur la glace. A l'heure où le SoLeiL pose ses fragiles rayons sur vos mollets découverts, blafards et velus depuis le temps qu'ils sont restés emmitouflés dans des peaux de bêtes, l'envie vous prend de... faire une sieste; juste pauser un peu, profiter de cet instant où le froid est presque supportable, où la meute est occupée ailleurs, où votre esprit vagabonde. L'envie vous prend, donc, d'ouvrir un livre. Vous attrapez celui que vous aviez toujours conservé dans votre sac pour une telle occasion, si rare là-haut dans le Groënland; Croc-Blanc: c'est tellement de circonstance! Tellement, d'ailleurs, que vous ne vous méfiez pas; vous ouvrez le livre sans réfléchir; mais tout à coup, une lumière fulgurante vous éblouit, vous aveugle, vous écoeure: c'est le fameux Rayon Blanc de la banquise. Et oui les petits amis! Tout est blanc autour de vous, si blanc que les pages de votre livre, de Croc-Blanc, sont comme ce fameux carré blanc sur fond blanc avec de fins lisérés de blanc qui le traversent. Les traces que vous avez laissées dans la neige en venant avec votre traîneau ressemblent à peu près à cela, vues de très haut. C'est InSoUtEnAbLe !!! C'est alors que... [c'est la pause déjeuner]
L'auberge où elle avait trouvé refuge pour la nuit était un havre de tranquillité, le seul lieu où elle pouvait encore être à peu près chez elle dans son petit village des Champs - oh ces souvenirs de pain d'épices, de tartines et de chocolats chauds! La tenancière, qui avait été autrefois pour sa mère une amie, une confidente (une commère), ne l'avait pas immédiatement reconnue; mais après de longues explications de Maigrette, et de vives effusions, elle l'avait choyée comme s'il se fût agi de son propre tendron. "Les draps de fête pour ma biquette, l'édredon de plume, le poêle à bois - la chambre du fond, ma jolie, tu verras."
En effet la chambre du fond était tout à fait mignonne: le mobilier en bois, le parquet craquant sous les pas, la petite dentelle fine accrochée à la fenêtre, la mousseline rose suspendue au-dessus du lit; un petit nain de jardin portait une table dans un coin, et trois dahlias piqués dans un soliflore parfumaient toute la pièce. Et pourtant...
Comment cette brave Bérénice avait-elle pu oublier? Oublier cette dernière nuit, oublier le drame, oublier jusqu'à son visage, ne pas la reconnaître, après seulement vingt-cinq ans...
La nuit allait être longue.
Tant de choses lui passent par la tête; tant de souvenirs et d'idées noires, c'est certain elle ne pourra pas ferner l'oeil. Le rendez-vous qui l'attend demain lui serre le coeur, lui écrase la poitrine.
MiC-MaC à la FaC - Pour faire plairiSe à EliSe
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A l'heure où je devrais travailler sur le blog qui nous préoccupe toutes pour le cours de multimédia, je suis encore en train de rêvasser sur nos Lettres en Oeuvres pas très à l'oeuvre.
Les cloches grasses de l'Eglise de la Marne* sonnent les Vêpres*... Il est 19h; la lumière décline peu à peu à mesure que le soir tombe, emportant dans son étreinte froide les derniers ébats des Anciens, foulques, ragondins et grenouilles à graaande bouche*.
Maigrette attend, écoute; le vol furtif* des libellules, la valse lente des tortues, le dernier chant des cygnes... Elle ne pensait pas retrouver ce fourmillement de sensations, intact, après tant d'années. Elle attend sur le pont du Moulin, appuyée comme autrefois sur le garde-fou, face au courant; la vue n'a pas changé; la dernière fois il faisait déjà noir. Un été brûlant, une nuit glaciale. Les lumières du pont vont bientôt s'allumer, de grands points bleus dans lesquels se reflèteront les grands chemins de la Voie Lactée.
Maigrette cherche machinalement une cigarette dans la poche de son blouson. Une vieille habitude, une saloperie* attrappée lorsqu'elle était étudiante, et que les filles sortaient leurs clopes à chaque instant; elle n'avait pas résisté longtemps. Depuis l'habitude s'était fixée, installée, et rien ne pouvait en venir à bout. Au début la nicotine* la rendait nerveuse, agitée, électrique; aujourd'hui elle lui laissait seulement une trace amère dans la gorge, et le goût d'un vieux souvenir que l'on tente d'oublier.
Un brasier de plus dans cet univers qui s'assombrit; un minuscle point rouge qui se mêle aux étoiles mourantes.
Elle se concentre sur ce point; au moins ainsi n'a-t-elle pas à penser au petit bout de papier finement plié enfoui dans l'autre poche, sur lequel une écriture tendrement maladroite, dangereusement familière, s'est hasardée à lui dire:
Sur le pont... Ne te retourne pas.Maigrette prend une dernière bouffée de sa cigarette, l'écrase sur le bois humide, et la jette dans les eaux vaseuses de la Marne. Demain, elle se lève tôt.
*Eglise de la Marne: invention de l'auteur [dont la demeure se trouve en bords de Marne].
*Vêpres: office religieuse catholique qui a lieu lorsque le soir tombe.
*Ebats: mouvements, jeux.
*Foulques, ragondins et grenouilles à graaande bouche: faune commune sur les bords de Marne, quoique les grenouilles à grande bouche sont encore assez rares; on a pu recenser pour l'heure un seul individu de l'espèce, caché(e) dans les roseaux bien évidemment.
*Furtif: ici dans le sens de rapide.
*Saloperie: fam. pour "vilaine habitude".
*Nicotine: autre terme pour Fanny Marchmal; désigne une substance excitante et toxique; synonymes: caféine, amphétamines, cocaïne, héroïne.
*Le titre, "Maigrette se lève tôt", est librement inspiré d'une intervention mémorable de Mademoiselle Elise Storme en cours de Lecture, préparation de copies et corrections en date du 22 Octobre 2008; nous avons décidé ici de lui faire hommage.
Libellés : AtElieR d'EcRiTuRe, EliSe, GrEnOuillE à GrAnDe BoUcHe, MaiGret, NiCoTiNe
